Qu'est-ce que le régime réel d'imposition
Le régime réel est le régime fiscal de droit commun des entreprises individuelles. Contrairement au régime micro, il ne permet pas d'appliquer un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires : vous déclarez vos recettes réelles et déduisez vos charges réelles. C'est à la fois plus complexe à gérer et potentiellement plus avantageux si vos charges dépassent les abattements forfaitaires du régime micro.
Il existe deux variantes. Le régime réel simplifié s'applique si votre CA est compris entre les seuils micro et 840 000 € pour le commerce (254 000 € pour les services). Le régime réel normal s'applique au-delà. La différence principale porte sur la fréquence des déclarations TVA et le niveau de détail de la comptabilité.
Il est aussi possible d'opter volontairement pour le régime réel même sans dépasser les seuils — si vos charges réelles sont très supérieures à l'abattement forfaitaire (71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité). Cette option peut être rentable dès la première année pour les activités nécessitant beaucoup de matériel ou de sous-traitance.
Les seuils qui déclenchent le passage obligatoire
En 2026, les seuils de chiffre d'affaires du régime micro-entreprise sont les suivants :
- Vente de marchandises et hébergement : 188 700 €
- Prestations de services et professions libérales : 77 700 €
Si vous dépassez ces seuils deux années civiles consécutives, vous basculez automatiquement au régime réel à partir du 1er janvier de l'année suivante. Un dépassement ponctuel sur une seule année ne suffit pas.
Exemple concret : un consultant en informatique réalise 82 000 € en 2024 et 85 000 € en 2025. Il bascule au régime réel le 1er janvier 2026. S'il avait fait 82 000 € en 2024 et 74 000 € en 2025 (retour sous le seuil), il resterait au régime micro.
À noter : il existe des seuils majorés de tolérance. Si vous dépassez le seuil en année N mais restez sous un seuil dit "majoré" (277 700 € pour le commerce, 188 700 € pour les services), vous restez au régime micro cette année-là mais perdez le bénéfice de la franchise en base de TVA dès le premier jour du mois de dépassement.
Ce qui change côté comptabilité
C'est le changement le plus visible et le plus lourd. Sous le régime micro, votre comptabilité se résume à un livre des recettes. Sous le régime réel, vous devez tenir une comptabilité complète : bilan, compte de résultat, grand livre, journaux de saisie.
Concrètement, cela signifie enregistrer chaque opération (recette, dépense, charge) avec sa pièce justificative. Une facture reçue sans justificatif associé peut être rejetée en cas de contrôle fiscal. La tenue de cette comptabilité nécessite généralement le recours à un expert-comptable ou un logiciel comptable sérieux.
Bonne nouvelle : les honoraires de l'expert-comptable sont eux-mêmes déductibles comme charge professionnelle. Comptez entre 800 € et 2 500 € par an selon la complexité de votre activité. Certains cabinets proposent des forfaits spécifiques pour les entrepreneurs individuels passant au réel.
Si vous optez pour un logiciel en autonomie, des outils comme Pennylane, Tiime ou Indy sont adaptés aux TPE. Prévoyez toutefois une validation annuelle par un professionnel pour la liasse fiscale (déclaration 2035 pour les BNC, ou 2031 pour les BIC).
La TVA devient obligatoire (si vous dépassez les seuils TVA)
Le régime micro bénéficie de la franchise en base de TVA tant que vous ne dépassez pas des seuils spécifiques : 37 500 € pour les services et 85 000 € pour le commerce en 2026. Attention, ces seuils TVA sont différents des seuils du régime micro.
Si vous avez dépassé ces seuils TVA (ce qui arrive souvent avant de dépasser les seuils micro pour les activités de services), vous devez facturer la TVA à vos clients, la collecter et la reverser à la DGFiP. En contrepartie, vous récupérez la TVA sur tous vos achats professionnels : matériel, logiciels, frais de déplacement, honoraires de votre comptable.
L'impact sur votre tarification est à anticiper. Si vous facturez 1 000 € HT à un client professionnel, il paiera 1 200 € TTC (TVA 20 %) et récupérera les 200 €. L'impact est neutre pour vos clients assujettis. En revanche, si vous travaillez avec des particuliers, votre prix réel augmente de 20 % — ce qui peut nécessiter un ajustement de votre positionnement tarifaire.
Les charges deviennent déductibles
C'est l'avantage principal du régime réel pour les activités à forte intensité de charges. Sous le régime micro, vous bénéficiez d'un abattement forfaitaire fixe (71 % pour le commerce, 50 % pour les services BIC, 34 % pour les professions libérales) quel que soit le niveau réel de vos dépenses.
Au régime réel, vous déduisez les dépenses réellement engagées : matériel, loyer, déplacements, formation, sous-traitance, logiciels, frais de téléphone et internet, assurances professionnelles. Si vos charges réelles représentent 60 % de votre CA alors que l'abattement forfaitaire n'est que de 34 %, le passage au réel réduit mécaniquement votre base imposable.
Exemple chiffré : un développeur freelance réalise 90 000 € de CA avec 45 000 € de charges réelles (sous-traitance, matériel, formation, expert-comptable). Au régime micro (abattement 34 %), il est imposé sur 59 400 €. Au régime réel, il est imposé sur 45 000 € — soit 14 400 € de base imposable en moins.
Les cotisations sociales changent aussi
Sous le régime micro, les cotisations sociales sont calculées en pourcentage du CA brut : 12,3 % pour les activités commerciales, 21,2 % pour les prestations de services, 23,1 % pour les professions libérales relevant de la CIPAV. Ce calcul est simple mais défavorable si vos charges sont élevées.
Sous le régime réel en entreprise individuelle, les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice net (recettes moins charges déductibles). En cas d'année déficitaire (charges supérieures aux recettes), les cotisations tombent au minimum légal, soit environ 1 162 € en 2026 pour valider 3 trimestres de retraite.
Ce changement de base de calcul peut représenter une économie significative. Reprenons notre développeur freelance : au micro (23,1 % de 90 000 €), il paie 20 790 € de cotisations. Au régime réel (cotisations sur 45 000 € de bénéfice), il paie approximativement 14 000 € — selon sa situation personnelle et son régime de retraite.
Comment préparer la transition
Le passage au régime réel se prépare idéalement plusieurs mois à l'avance, dès que vous anticipez un second dépassement de seuil. Voici les étapes concrètes :
- Ouvrir un compte bancaire professionnel dédié — il devient obligatoire sous le régime réel (et recommandé dès la micro-entreprise)
- Choisir un logiciel de comptabilité ou mandater un expert-comptable — les devis sont à demander dès l'été précédant le basculement
- Conserver toutes les factures et justificatifs depuis le début de l'année de transition — une facture perdue est une charge non déductible
- Mettre à jour vos factures pour inclure votre numéro de TVA intracommunautaire si vous devenez assujetti
- Informer l'Urssaf et la DGFiP du changement de régime — le formulaire P2 (modification de situation) est à déposer sur guichet-entreprises.fr
Un dernier point souvent négligé : informer vos clients professionnels de votre passage à la TVA. Mettez à jour vos conditions générales de vente et vos modèles de devis avant le 1er janvier. Un client facturé HT alors que vous êtes déjà assujetti à la TVA est une erreur qui peut créer des litiges — et une régularisation douloureuse avec la DGFiP.
